Le droit à la santé mentale

S'en préoccuper est légitime

A notre époque contemporaine et dans nos sociétés du tertiaire, voire du quaternaire, la psychologie est très médiatisée et en vogue. En effet, cette discipline occupe la quasi-totalité des sphères de l’existence, que ce soit la famille, le travail, le sport, la maladie et même le deuil, etc.

Pourtant, beaucoup de personnes, de tous niveaux socio-économiques et de tous horizons, ne sont pas encore sensibilisées à la dimension psychologique et ignorent tout ou presque de l’intérêt d’une telle approche. La psychiatrie est, pour sa part, trop souvent investie uniquement pour ses prescriptions de médicaments psychotropes. Les représentations attachées aux hospitalisations en psychiatrie mais aussi au fait de consulter un psychiatre sont régulièrement connotées très négativement, comme par exemple : « c’est pour les fous ». Cette croyance est tellement ancrée dans les mentalités que stigmatiser des difficultés existentielles et entacher l’identité d’un patient d’une étiquette « psychiatrique » est le risque.

Il en ressort que la population est encore bien mal informée, ce qui ne favorise pas une prise en charge psychologique en amont. Or, lorsqu’une difficulté n’est pas traitée à temps, elle se transforme généralement en un véritable problème, générant une amplification des besoins d’aide. L’aggravation des symptômes et la détérioration des conditions de vie peuvent conduire la personne à être réellement à bout, aussi bien du point de vue matériel que psychique. Les dysfonctionnements sont alors très souvent d’ordre social, familial et individuel. Ils interagissent les uns avec les autres de sorte que pris dans un engrenage, la personne n’a plus d’autre recours que de rechercher un intervenant extérieur au système. En 2001, les troubles mentaux concernent 17 % des consultations en médecine de ville pour les hommes, et 19 % pour les hommes, ce qui placent ces motifs de consultation avant les pathologies respiratoires (14 %) ! Pour la tranche d'âge de 25 à 64 ans, les nouveaux cas d'affection longue durée pour des raisons d'ordre psychologique s'élèvent à 12% chez les hommes et 17% chez les femmes, en 2001. *

La saturation des Centres médico-psychologiques (CMP), où les délais pour obtenir un rendez-vous vont parfois jusqu’à deux mois  mais où les consultations sont prises en charge par la sécurité sociale, témoigne de la difficulté d’accès aux soins psychologiques pour les personnes ayant peu de ressources financières. On peut déplorer que le coût d’une prise en charge en secteur privé par les psychologues exerçant en libéral soit entièrement à charge des patients et que donc seuls ceux qui ont les moyens puissent en bénéficier. Il y aurait lieu de mesurer, à long terme et à une échelle globale, les conséquences d’une telle limitation, d’autant plus qu’un des buts de la psychothérapie est l’autonomisation !

En attendant, il importe de se poser les bonnes questions et de faire des choix judicieux en n'oubliant pas qu'il y a un prix à payer pour toute chose. Il est vrai qu’entamer et mener jusqu’à son terme une psychothérapie demande d’y consacrer un certain budget. Aux yeux de tous, veiller sur sa santé physique est indispensable et exige qu’on ne tergiverse pas tandis que très souvent la santé mentale est négligée. Pourtant l’une et l’autre interagissent. Par exemple, il a été scientifiquement démontré que le système immunitaire des personnes dépressives est affaibli et qu’elles se défendent moins bien contre les agressions de l’organisme. Face à de nombreuses maladies « du corps », à moins que le pronostic ne soit des plus pessimistes, la réponse médicale prend encore rarement en compte les aspects psychologiques tels que le stress, voire l’angoisse, la honte et aussi les répercussions relationnelles et affectives. Il est néfaste d’attendre de tomber dans des extrémités pour enfin se soucier de sa santé mentale. C’est donc une responsabilité que de prendre soin de ceux qu’on aime, que de faire en sorte qu’une atmosphère paisible et joyeuse règne au sein de sa famille et de son couple. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit l’adage. En conséquence, vouloir le bien-être psychologique pour soi est tout à fait légitime et agir dans ce but est même un devoir.

* Extrait de "Données sur la situation sanitaire et sociale en France en 2004". Annexe A au Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2005. DREES : Ministère de l'emploi, du travail et de la cohésion sociale. Ministère de la santé et de la protection sociale.

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aLes symptômes : un signal d'alarme

Isabelle LEVERT
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Pernes les Fontaines (84)

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